EL DESECATIVO

L'intelligent défi d'un surnommé G@rf m'a persuadé, voici bientôt deux ans, de rédiger diverses versions du poème El Desdichado de Gérard de Nerval, en guise d'hommage au poète et un peu à la façon de ce qui avait déjà été fait sur ce site. Imité en celà par quelques amis, je ne présente néanmoins ici que mes propores créations et vous invite à chercher les autres sur le forum où tout ceci eut lieu.


ACROSTICHE

Grande nuit de veuvage et d'inconsolation,
Effigie couronnée, j'ai des châteaux en ruines,
Repose, mon étoile ; mes cordes divines,
Atrabile solaire, chantent mes passions.

Repoussoir des chagrins pendant l'inhumation,
Donne-moi de nouveau mont et mer cisalpine,
Donne-moi de nouveau la rose sans épine,
Et le lieu où les fleurs unissent leurs passions.

Ne suis-je pas Soleil, amour, ou bien poète ?
Embrassé par la reine au-dessus de mes yeux,
Rêvant, je vis la grotte et l'ondine en ce lieu.

Victorieux sur les eaux des Enfers, d'une traite,
A deux reprises, j'ai, sur la lyre magique,
Lié les mots sacrés et les voix féériques.


HOUELLEBECQERIE

L'Aquitaine est une région du Sud de la France, assez chiante.
Thalassa y passe souvent, on voit des tours en ruine.
Puis l'univers tombe en panne, je dévale une pente,
Ma femme est morte, elle avait des jambes fines.

J'avais acheté une guitare du temps où le rock marchait.
Comme je lisais Maupassant j'y avait mis un soleil noir
Mais je n'ai jamais su en jouer, et au fond les filles disaient
Qu'elles préféraient surtout coucher avec des Noirs.

En Italie, en me promenant dans un cimetière,
Où des touristes néerlandais s'égayaient entre les tombes
J'ai eu comme un malaise et je suis tombé par terre.
Des forains vendaient des fleurs. Ça dura vingt secondes.

Il faudrait que j'aille au bord de la mer,
Comme dans des grottes souterraines de sais plus trop où
Où j'avais baisé une baigneuse fiévreux et amer.
Mon sexe est mou.

On peut mourir deux fois, dans certaines circonstances,
La musique m'ennuie, je vais éteindre mon poste.
Il y a dans mon appartement comme un air d'"en partance".
A Carrefour, sous vide, j'ai acheté du jambon d'Aoste.

MALDORORERIE

Le ténébreux ; le veuf ; l'inconsolé; je suis tout cela, de par la mystérieuse abolition des tours noires de l'Aquitaine, où une couronne princière et néanmoins, comme le sourire d'un batracien, usurpatrice, m'avait rendu sous le soleil obscur d'une seul étoile mélancolique, car je disais à Dieu, cette créature homosexuelle et exotique, combien mon luth (il est constellé) se prête fort au jeu du billard, s'il se pratique entre ces pampres cholériques qu'on nomme humains, alliés aux roses jaunes de leur propre anus, dans l'obscurité d'un caveau, peuplé de chauves-souris et de mers dont le vacillement noir, où dansent des requins, console assez la misère des prostituées, et que cet exercice en cela me restitue assez, pour peu que dans les fleuves de l'enfer on mélât, car lecteur, c'est une chose victorieuse, si tant est bien sûr que la victoire puisse se chanter avec des ciseaux, ce que je ne saurais m'autoriser à dire sans contrarier le crotale qui me tiens lieu de compagnon admissible, les soupirs d'une sainte, ô combien admirable et géométriques par la sublimation complexe de leurs fondamentales dans un bruit affreux avec le coassement des dryades païennes, la fleur dont mon coeur est infecté ; car, il n'est pas rare que je demande, tant à la vérité il est difficile de revendiquer pour soi-même l'usage d'un nom dont mon père n'a, en somme, que rassemblé les bribes dans un parapluie sanglant, si je m'appelle Phoebus ou Biron, car d'amour, il ne saurait en être question sinon dans la tenacité facondière d'un enfant qui a perdu ses doigts dans la gueule d'une hyène, pareille par son remugle, que le poète pourtant ne juge que par ouï-dire, tant il est vrai qu'il n'a jamais connu l'Afrique, ce dont il se refuse pourtant à tirer des regrets smaragdins et hypocrites, semblables à la scolopendre, et évoque une grotte où je rêverai, immortel, que les poissons blancs et aveugles qui y nagent sont des sirènes à la barbe sale, ou si je dois à quelque reine scaphandrière et cruelle le nom de Lusignan. Jugez comme c'est agaçant.



IAMBES

Je suis le Noir, le Veuf, l'Inconsolé, le Prince,
Aux tours déchues en Aquitaine,
Sirius mort, le luth dont les cordes je pince,
Ombre une étoile moins lointaine.
Sous notre marbre obscur, toi qui fut mon espoir,
Rend-moi mont et mer italiens,
L'aconie si chérie dont je languis le soir,
Et les fleurs unies par des liens.
Suis-je Amour ou Phoebus ? Lusignan ou Biron ?
Mon front baisé des souveraines
A porté les lauriers d'un vainqueur d'Achéron,
En ayant songé de sirènes,
Et ce à deux reprises, la harpe mythique,
Unissant sous mes doigts habiles,
Des fées le cri sauvage, fou et fantastique
Et des saintes les cantabiles.

BOUTS RIMES

Ibsen eût pu se faire moins inconsolé,
Et sa noiceur d'esprit s'en aller abolie
S'il avait vu le Bronx de lampes constellé
Honorer Edison avec mélancolie

Car l'ampoule sous vide, en l'ayant consolé
D'Allemagne au Pérou et même en Italie
Est, messieurs les sceptiques, j'en suis désolé,
Un miracle où la science à la beauté s'allie

Elle photocopie les oeuvres de Biron,
Et de la société s'affirme comme reine,
Mêlant aux gyrophares une âpre sirène.

En faisant sur sa chaise passer l'Achéron,
Où planer sur les ondes la voix d'or d'Orphée,
O électricité, que tu es grande, ô fée !

RIMBAUDERIE

Sans femme, dans le trou d'une nuit adhésive,
Je berce ma couronne fauchée de lauriers,
Dans la tour où le vent a percé des terriers,
Dessinant le ciel sur ma cithare lascive.

La monnaie qu'on déterre hors des tombes pensives,
Ne rend pas l'Italie des voyages fériés
Que je fis fesse au vent, pampre aux roses marrié,
Pour fuir des vieilles femme la grotte abusive.

Ayant brûlé mon nom pour l'ôter aux gendarmes,
J'ai reçu quelque lèvre baignée de mes larmes,
Et vu sous terre la Naïade du Ponant,

Pour aller, libre enfin, rouler sous le qui-vive
De l'Enfer, où les eaux vomissent sur leurs rives
Des chants grossiers de messe et verts me talonnant.

QUASI-BALLADE

D'un sort de céleste nature,
Je suis le sombre et noir vassal,
Car dans ma tour faite roture
Mon luth naguère féodal
Sur les cieux dont il est épure
Ombre le sinistre cadeau
D'un soleil de lugubre allure
Qui me nomme el Desdichado.

Toi dont me charma la voix pure
Au cœur d'un rêve sépulcral,
Guide-moi, pour que je perdure,
Au pays de Dante et Martial.
Rends à mon émotion future
D'ombre et de senteur ce radeau,
La treille à la double bouture
Qui me nomme el Desdichado.

Mon nom est une énigme dure
Que scella le baiser royal
Dans mon esprit où tout murmure,
Dans un souterrain pariétal,
Une sirène, albe pâture,
A mon doute d'albe badaud :
Dans l'ambigu de mes césures
Qui me nomme el Desdichado ?

Et mes âmes, aux Enfers, furent
Ce chant, rassemblant, dos à dos,
Les prêtresses et les lémures,
Qui me nomme el Desdichado !


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