LA BALADE DU JUSTICIER EN SLIP

A Charles Bronson

Quand tant de cités décadentes
Sombrent dans le stupre et le mal,
Se lève une ombre menaçante
Contre le nudisme mondial.
Kangourou à poche amarante
Où il glisse un Colt en métal,
Il surgit de la nuit mourante,
Le justicier en slip, brutal.

Ma parole, mais c’est du Dante :
Des Amériques au Népal
Une horde impudique errante
Prône un dévêtement total.
Au vent d’une mélopée lente,
Pour chasser tout gibier à poil,
Il surgit, qu’il pleuve ou qu’il vente,
Le justicier en slip, brutal.

Sa lutte terrible et ardente,
Se terminera, c’est fatal
Sur cette vision triomphante
De l’homme vainquant l’animal.
Et ces inédites bacchantes,
J’en gagerais jusqu’au Saint Graal,
Trouveront, foules indécentes,
Le justicier en slip brutal.

Prince, en ses œuvres exténuantes
Assouvissant son idéal,
Se reconnaîtra, vue frappante,
Le justicier en slip, brutal !


LA BALADE DU JUSTICIER VINGT-TROIS

Voici le chevalier sans peur,
Qui défend les cris défendus.
Tremblez crétins, tremblez censeurs,
C’est le justicier éperdu,
Vingt-troisième et provocateur,
Lansquenet des combats perdus,
Il détruira les malfaiteurs
D’un revers de pamphlet tordu.

Ils ont interdit son ardeur,
Noirci son courage assidu.
Mais face à ces chiens suborneurs,
Le devoir réclame son dû.
Et il lavera son honneur
Un jour dans leur combat perdu
En leur assénant la rigueur
D’un revers de pamphlet tordu.

La crise est longue et son bonheur
Lui-même quelque peu ardu,
Mais pour ce cavalier rieur,
En fuite plutôt que rendu,
L’exil s’achèvera vainqueur
En des éloges attendus
Lorsqu’il viendra venger son cœur
D’un revers de pamphlet tordu.

Prince, quand ce soldat moqueur
A ses bourreaux sera vendu,
Souvenons-nous de la clameur
D’un revers de pamphlet tordu.


LA BALADE DU JUSTICIER DEGUISE EN OFFICIER STARFLEET

Au Connétable des Tétynes

Dans le bruit lourd et la lumière
Qui agonissent et agressent
L’écrin de quelque garçonnière
Enchâsse un bal où tous se pressent.
Broncobuster, spectre, fermière,
Chinois, barbon de vieille Grèce,
Chaque invité, buvant des bières,
Sombre dans une folle ivresse.

Mais alors la silhouette altière
D’un Vulcain galonné se dresse,
Et brandissant son arme fière,
En fait usage avec adresse.
Sur un gandin mis en rétiaire
S’abat la foudre vengeresse
Et la nuit devient meurtrière,
Sombre dans une folle ivresse.

Tous font quelques pas en arrière,
Et certains fuient dans la détresse.
Ainsi s’acheva la carrière
A la fois habile et traîtresse
D’un brigand aux louches manières,
Souffrant peu, quoi qu’il en paraisse :
Son esprit, à l’heure dernière,
Sombre dans une folle ivresse.

Prince, vrai où faux, dans l’ornière,
Tel Kirk quand le tournage cesse,
Ecoutez du kir la prière :
Sombrez dans une folle ivresse.


LA BALADE DU JUSTICIER QUI SURVIT

A François Mitterrand,
ardent et pur défenseur de la justice.
Puisse ne jamais s’éteindre
la lumière propitiatoire de son génie.


Suivez de ceux-là cet avis,
Chanteurs des causes assouvies ;
Relevez quelques ponts-levis
Sur vos murailles de Pavie
Et aplanissez leur parvis
Pour qu’elles ne soient pas gravies.
Ainsi tout ennemi brave y
Pourrait ma foi perdre la vie.

Auteurs, faîtes votre devis :
Défense d’ethnies asservies
Là où aucun lecteur ne vit,
Quelques refrains sur vos envies
Votre suffrage et votre vit,
Blâme de punitions sévies
Parce qu’un criminel torve y
Pourrait ma foi perdre la vie.

Présentez à Calmann-Lévy,
Maison qui en sera ravie,
Cette justice qu’écrivit
Votre plume, par tous suivie.
Elle aura, ce qu’on souvent vit,
Un succès dont nul ne dévie,
Car tout fautif, quoiqu’en verve y
Pourrait ma foi perdre la vie.

Prince, déclinez à l’envie,
Cette recette, qu’ont suivie
Les victorieux ; L’homme grave y
Pourrait ma foi perdre la vie.

LA BALADE DE LA SAGA DU JUSTICIER AVEC UN AIGLE SUR LE DOS

A Régis Boyer

Vivant dans l'Islande lointaine,
Il était un nommé Hjalmar,
Fils de Thorkhell, fils de la reine
Audr et de Thorgrimmr le vantard,
Et de Ari Cheveu de laine
Fille d'Audbjörg et Börkr le couard.
Il mettait, la chose est certaine,
Dans ses cheveux blond de l'espoir.

Emporté par la foule obscène,
Il émigra vers le Svalbard.
Pas assez ronde, sa carène
S'y brisa sur l'écueil épars.
Il épousa Audr la Vilaine,
Et en eut Gisli et Hjalmar
Et Ingjaldr, qui portait sereine
Dans ses cheveux blonds de l'espoir.

Jusqu'au fut du monde "le Frêne"
Etait surnommé un Hjalmar
Hjalmar Hjalmarsson il tua, scène,
Dont Gisli tut son désespoir,
Ses larmes pareillement vaines.
De son fer nommé Grand-Jars
Il l'abat. Mets, aube pérenne,
Dans ses cheveux blonds de l'espoir.

Prince, en honneur change la haine !
La belle histoire est ce dur art,
De voir, un pillard sur la scène,
Dans ses cheveux blonds de l'espoir.



LA BALADE DU PORT JUSTICIER D'ARROMANCHES

A mon pays

Au large du pays Normand,
Sous les falaises, les guérets
Ses murs d'acier et de ciment
Un matin furent amarrés.
L'ennemi désespérément
Tenait le bocage et le pré,
Où frappait le débarquement
Afin de vaincre et libérer.

Il gardait les havres charmants,
Où la paix avait fait errer
Peintre et poète élégamment,
Sur ses flots de silence ombré.
Fabriqué clandestinement
Par ses ennemis fédérés,
Le port fut porté, écumant,
Afin de vaincre et libérer.

Il en reste de longs fragments,
Le long du rivage adoré,
Que les vagues et leurs tourments
N'ont jamais pu faire sombrer ;
Et pour le ravitaillement
De tout le pays délivré
Il les contint fidèlement
Afin de vaincre et libérer.

Prince des traîtres allemands,
Tremble, car nos alliés sacrés,
Grâce à lui, tiennent leurs serments,
Afin de vaincre et libérer.


LA BALADE DU JUSTICIER MAGDALENIEN

A J.-H. Rosny aîné

Au temps où les glaciers sauvages
Descendaient sur l'Europe entière
Et sur la sylve anthropophage
Régnaient les fauves quaternaires,
A l'ombre de ses froids branchages,
Au feu de ses pâles lumières,
Farouche, ardente et dans la rage
Naquit la justice première.

Sur la steppe et les marécages,
Le clan d'Oûn avait ses tanières ;
Un jour, assoiffé de carnage,
Leurs ennemis les massacrèrent.
Seul survivant de ce carnage,
Oûn pleura rauquement ses frères,
Puis dans le feu de son visage
Naquit la justice première.

Prendre la fuite eût été sage,
Mais ses passions étaient contraires.
Son épieu sema le ravage,
Sous sa massue les os craquèrent.
Il brisa les petites cages
Où brûlait la flamme précaire...
Et dans son sanguinaire ouvrage
Naquit la justice première.

Prince, les hommes de cet âge
Étaient violents et téméraires,
Mais de leur terrestre passage
Naquit la justice première.


LA BALLADE DU JUSTICIER MUET

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LA BALLADE DU JUSTICER LETTRÉ

A Marcel Aymé

Quand le faisceau sanguinaire
Sur mon pays fut brisé,
Certains fous ne le trouvèrent
Pas assez martyrisé.
Lâches soudain téméraires,
Ils choisirent d'écraser,
Sycophantes mercenaires,
Le romancier embrasé.

Seul fidèle, son beau-frère,
En vain voulut opposer
Aux crochets de ces vipères
Un texte cent fois visé
Et d'autant plus nécessaire
Qu'un chien l'ait pu refuser,
Faisant victime de guerre
Le romancier embrasé !

Malheureux et en colère,
Il vida son cœur brisé
De langues de flammes claires
Et d'éclats de rire osés.
La vengeance funéraire,
Que seul il sut attiser
Fit de lui, paillard trouvère,
Le romancier embrasé.

Prince, ce sont nos grands-pères,
Qui voulurent écraser
Dans les clameurs de naguère
Le romancier embrasé.


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