Les autres contes de chez ReproLit

(des Allemands)

Genre : Tous les calembours sur conte sont déjà pris
Catégorie : pour les enfants

J’avais pris à feuilleter Blanche-Neige, vu par les margoulins teutoniques de ReproLit, un malin et indélicat plaisir. Tel un Philéas Fogg de la bêtise, j’entends désormais consacrer ma fortune, mon énergie et mon flegme à circumnaviguer la collection tout entière de ces contes au rabais. Contrairement à Phileas Fogg, je commenterai les différentes étapes de mon parcours sur l’internet.

Cendrillon


Contrairement à Blanche-Neige, ce livret ne décalque pas outre mesure l’adaptation par Disney de la même histoire, même si le choix de celle-ci n’est évidemment pas le fruit du hasard. Idiots et hideux, le texte et les illustrations ne le sont pas suffisamment, ipsa, pour divertir. Non, c'est dans la combinaison de ces éléments disparates que cette œuvre clairement composite trouve tout son sens nanar.

Ainsi du carrelage moche que récure l'héroïne, appelé “ parquet ” par sa cruelle belle marâtre. Ainsi du soulier perdu qui devient une pantoufle à la page suivante. Ainsi de la bonne fée, dont l'intérêt pour Cendrillon demeure inexpliqué, comme le sort de ses créations après minuit. Ainsi de cette image où aucun élément n'est aussi absurde que leur conjonction maladroite :

Passons sur le fait que les chevaux ne soient clairement pas dans l'alignement du carrosse, que rien ne les y rattache, qu'ils ne sont même pas harnachés, que leurs sabots ne touchent pas terre. La lésine où l'approximation peuvent tout excuser. Sauf cette question, escheréenne : où vont ces rênes absurdes que tient le cocher ?

Poser la question, c'est renoncer à y répondre.

La Belle et la Bête


Beaucoup moins mauvais que les deux autres, La Belle et la Bête est presque présentable au premier degré. Si le costume et l'apparence de la Bête évoquent sont manifestement des décalques du long métrage d'animation des studios Disney, le texte, lui, imite clairement la version de Leprince de Beaumont (qui n'avait d'ailleurs pas inventé l'histoire). Les copier-coller chiches se limitent à quelques éléments d'arrière-plans, et on a bien du mal à y dégoter des causes de sarcasmes sans ergoter.

festival de crénages absurdes quand même pour la route

Bref, comme la bête amoureuse, Reprolit fait de son mieux pour être présentable ; ou alors comme la Belle, je développe envers eux un syndrome de Stockholm.

Le Petit Chaperon Rouge


 

Il me faisait de l’œil, ce grand méchant loup de chez Reprolit, avec ses bretelles absurdes et sa gapette à carreaux, avec sa dégaine et son rictus de sublime fripouille évoquant plus Renart qu’Ysengrin. Nul doute que ce serait l’élément comique du livret ! Et, de fait, le monstre encombre et les pages d’un festival de grimaces outrancières et grotesques.

Quelque chose coince, pourtant. C’est que tout cela est manifestement trop délibéré. Le petit chaperon rouge est un des contes du folklore européen les plus sombres parmi la douzaine que je connais, quoi que des versions édulcorées en existent de longue date (au passage, reconnaissons que pour une fois ReproLit ne se contente pas de loucher sur la copie de l'oncle Walt). De même le Loup est le plus terrifiant de tous les monstres ; mille siècle de mythes puis de livres puis de films ont échoué à créer une frayeur plus efficace et plus légitime. Hors ici Reprolit propose une version de l'histoire sans violence et sans menace, où la grand-mère s’était seulement absentée de sa demeure, où le petit chaperon n’est pas avalé, où même le loup s’en tire simplement mouillé ; il est vrai qu’apparemment le chasseur de service le chasse non seulement sans son chien mais qui plus est à mains nues, ce qui est toujours un exercice difficile. Le projet a de quoi susciter critiques et répugnance, mais il est cohérent, dans son cadre, de présenter le loup plutôt comme une figure bouffonne que comme un personnage vraiment redoutable. On doit s’en affliger mais on ne peut pas en rire.

Par contre, ce dont on peut rire, c’est de fautes d’accord et de ponctuation qui feraient honte à un tract de l’UNEF.

C’est d’un vocabulaire indigent et répétitif.C’est d’images constituées d'éléments juxtaposés en des collages plus qu'hasardeux.

Admirez le loup en lévitation, la coccinelle minimaliste qui ne semble raccrochée à rien et les deux papillons de Blanche-Neige en caméo.

C’est ce dont on peut rire, ou faut-il dire ce dont on doit rire ? Comme les contes d'antan exorcisaient l’extrême violence des âges sombres, puisse cette chronique narquoise dresser un cordon sanitaire entre mes lecteurs les plus vulnérables et ce déchaînement de nullité. Parce qu'à bien y réfléchir, peut-être qu'on a enfin trouvé plus inquiétant que le loup.

La Belle au Bois Dormant


La Belle au bois dormant persiste dans la même médiocrité, et l'aggrave d'un mépris ostensible pour ses lecteurs, particulièrement flagrant vocabulaire puisque la princesse éponyme s'y pique le doigt sur une "aiguille" ; un fuseau, c'était si compliqué pour des idiots. De même des motifs impudemment recyclés :

les oiseaux et les papillons de Blanche-Neige

un château modulaire

Que les livrets made in ReproLit soient déficients à bien des égards, c'est fâcheux mais pardonnable. Mais ici plus qu'ailleurs, de façon plus grave, les margoulins fridolins jugent évidemment leurs clients trop nigauds pour comprendre la vraie qualité de ce qu'on leur sert ou pour mériter mieux. C'est peut-être vrai mais cela n'incite pas à l'indulgence, et pourtant Dieu sait que l'indulgence est mon fort.

La petite sirène


À ce stade de la page, le lecteur perspicace et attentif aura compris que je suis désormais en terrain connu chez ReproLit ; il y a des arrière-plan moches, des oiseaux clonés si cavalièrement que même Raël trouverait à y redire, des crénages ridicules dès qu'un diacritique se produit, et cetera ; mais à chaque nouveau conte, sans forcément se surpasser dans la crétinerie et la laideur, les Allemands s'ingénient à trouver un nouveau détail incongru, une déficience inédite et surprenante. En l'occurrence, faute peut-être d'avoir choisi une police de caractère vaguement professionnelle, ils réussissent à échouer dans une tâche auxquelles l'école primaire a formé la plupart d'entre nous : insérer élégamment un nombre dans une ligne d'écriture.

Il faut le voir pour y croire

Vite, un cintre !

De plus un poncif de la série dont je n'ai pas eu jusqu'à présent l'occasion de vous entretenir, et qui en soit n'est pas risible, consiste à faire énoncer, en conclusion, une morale au conte, par exemple le petit Chaperon rouge avertit les enfants qu'il faut se méfier des inconnus, Cendrillon qu'ils doivent garder espoir face à l'adversité, et ainsi de suite. Soit ! Mais la conclusion d'Andersen revisité, non seulement n'a pas grand rapport avec l'histoire, mais est d'une ironie assez mordante et que j'ose espérer involontaire :

Pinocchio


Oubliez ce que j'ai dit plus haut, Pinocchio n'a pas grand chose pour se distinguer, il est juste aussi laid et idiot que la moyenne des productions ReproLit, C'est uniquement par sens du devoir que j'en retient cette baleine hideuse :

Festival de mais

le bac de Français 2012 c'est vraiment n'importe quoi

Le loup et les sept chèvres / Alladin et la lampe magique / Hansel et Gretel

D'après le site officiel de Reprolit, ceux-là seraient aussi disponibles dans dans la même collection, mais le camelot en bas de chez moi ne les vend pas. J'ai du mal à leur laisser le bénéfice du doute.

Le Roi Lion

Lui aussi apparaît sur la page officielle mais semble ne pas vraiment exister, sans doute parce que pour le coup, le plagiat teuton était vraiment trop flagrant (ils auraient pu avancer qu'ils vengeaient Riefenstahl).

Alors pourquoi le titre apparait-il encore sur le site ? Je suppose que tout était prêt, et qu'au dernier moment un groupe d'avocats est venu expliquer aux artistes que finalement, non, ils ne le feraient pas. Et qu'entre temps ils avaient perdu les identifiants du site.

Peau-d'Âne

Genre : Œdipe à Cologne

Bon d'accord, ils n'ont pas traité celui-là mais j'avais envie envie de vous faire partager ce jeu de mot, parce qu'ils habitent vraiment à Cologne en fait, du moins dans sa banlieue. Ainsi s'achève cette page.


Retour à l'index