The Texas-Israeli War : 1999

(Jake Saunders & Horace Waldrop)

Genre : casher à canon
Catégorie : action

Dans le genre guère inédit du post-apocalyptique, expliquer comment au juste s'est effondré le monde tel que nous le connaissons constitue un exercice des plus délicats, à tel point que des auteurs pourtant chevronnés, comme Merle ou Heinlein, préférèrent s'en dispenser et laisser floues les causes du cataclysme en question. Tel n'est pas le cas de Waldrop et Saunders, qui, dans un déferlement d'information brute, consacrent un bon chapitre à expliquer les causes du cataclysme de service : ici, ce sont ces sagouins de l'IRA qui, à cours de mauvais whisky, ont fait avaler du LSD aux membres du gouvernement britannique, précipitant ainsi le monde dans la guerre bactériologique et nucléaire.

un tank israélien, des peaux-rouges, un champignon nucléaire : que demande le peuple ?

The United States had been reduced to a hungry, underpopulated land, along with most of the world,by the war of '92. She had sided with the Russo-British compact in their short-lived war with the Chinese-Irish-Afrikaaner coalition.

tout est clair

The English-Irish War had fused the bomb of World War III when McCoullian commandos contaminated the water supplies of most British cities. The contaminant was an hybrid of LSD 25. In hours, most of England was griped by insane disorder. Yet the worst was to come. Most of the British military and civil authorities had lost its ability to make rational, logical decisions. Prime Minister Branhall, after drowning his younger son and raping his daughter, appeared before Parliament to call for use of nuclear weapons against Ireland.

un peu de grand-guignol

Mais le plus grave dans toute cette affaire, c'est que des néo-hitlériens texans, les Sons of the Alamo ou SA (!), ont fait sécession, instauré une dictature militaire et commencé d'imprimer des billets à l'effigie de John Wayne. En plus ils ont enlevé le président des États-Unis, ce qui entraîne une guerre civile, dans laquelle les Israéliens, désormais désœuvrés puisqu'il n'y a plus de médias à contrôler avec l'argent des banques, se font employer comme mercenaires par les deux camps.

"I hope you can give me news concerning general Sharon. I first met him in Houston and have followed his career since."

une caméo d'Ariel Sharon (on croise également Yossi Yoffe, paraît-il un bon ami du héros.)

L'histoire a pour protagoniste un certain colonel Ingelstein, commandant d'un groupe de tankistes juifs et témoins de Jehovah, opérant des blindés de haute technologie appelés Centurions. Aidé par son amante Myra et par le sergent Brown, un Noir vétéran du Vietnam, Ingelstein se voit bientôt confier une mission périlleuse : infiltrer les rangs sécessionistes à bord de blindés de la Seconde Guerre Mondiale pour libérer le président.

the atom-powered electrics roared

Les chars israéliens tirent des rayons laser et fonctionnent à l'énergie nucléaire, mais font quand même vroum-vroum parce que c'est plus cool.

S'ensuit dès lors pour les Élie et Dieudonné de l'arme blindée une suite frénétique de rencontres plus ou moins incongrues et violentes, à peine justifiées par un contexte très élastique. Pêle-mêle se jètent ainsi dans la mêlée des Indiens nouveaux barbares, des cafards géants, des mercenaires suédois, des marines cubains, des Texas Rangers et ainsi de suite. L'impression qui se dégage de ce fatras est celle d'un enfant imaginatif mélangeant ses différentes boîtes de jouets dans une fantasmagorie trépidante, qu'un spectateur adulte considérera plus volontiers comme un indigent fatras. D'abord décontenancé par ce déferlement sans queue ni tête, le lecteur ne s'étonne bientôt plus de rien après avoir vu les chars d'assaut partir à l'attaque d'un croiseur que ces rusés Texans, un peu à court de puissance de feu, ont ramené à Dallas depuis le Golfe du Mexique par un canal creusé à cet effet.

It was like a tableaux from one of a hundred bad western movies, but with surrealistic overtones. The Indians were all mounted, a pinto or two among the black, white and tan horses. For the most part, the braves affected traditional Indian dress. There was a preponderance of naked chests and feathers in headbands, but the ornate headdress which was supposed to indicated a chief was missing.
Sol could make out only one bow. The rest carried a variety of automatic weapons and older bolt-action rifles. A walkie-talkie was slung across one Indian's back. Another wore a motorcycle crash helmet.
"Snike, you're the Texan," called Sol. "Maybe you can tell me why they painted the Volkswagen emblem on their chests"
"Must be Cheyenne who have gone iconoclast.[...] I imagine they call themselves the Lodge of the VW."

La tribu Volkswagen. Notez le mauvais français, un grand classique de la sous-littérature anglophone.

C'est peu dire cependant qu'une telle accumulation finit par donner à l'œuvre un côté décousu, accentué par deux circonstances aggravantes : d'abord, peu de ces éléments présentent un véritable intérêt pour l'intrigue, à laquelle ils se greffent assez maladroitement, peut-être pour gonfler le livre jusqu'à faire atteindre la taille réglementaire d'un roman à ce qui, somme toute, a des allures de nouvelle ayant voulu se faire plus grosse que le bœuf. Ainsi des peaux-rouges sus-mentionnés, qui ne sont que brièvement aperçus par nos héros, sans les combattre, les aider ni avoir quelque rapport que ce soit avec les situations qu'ils rencontreront par la suite. Ainsi des pourtant prometteurs cafards géants dont on se bornera à signaler qu'ils sont énormes et qu'on les chasse dans les ruines de Crystal City. Ainsi, enfin, de cette dispensable scène impromptue de strip-tease sécessioniste, dont la gratuité époustouflante le dispute à la nullité crasse.

Boos and hisses greeted a gigantic girl in an Uncle Sam costume. Brown nudged Snike. Both jeered like true cowboys.
"You don't like my outfit ?" asked the titaness.
The swell of noise drowned the background music.
"Then you want me to take it off ?"
"YEAH !"
Breasts the size of goldfish bowls were revealed as the girl ripped off her candy-stripped jacket. The intake of breaths was audible. Each breast sported a nipple the size of a number two eraser.

[...] The pants came off next. [...] Wearing only star-spangled panties and red, white and blue suspenders, Ms. Uncle Sam leaned toward the crowd. Breasts swayed like twin breaking balls.

Ensuite, une relecture cursive du début, puis une fébrile vérification de la quatrième page, nous apprend que nous tenons ici un authentique deux-en-un puisque les cinq premiers chapitres du colonel Ingelstein sont en fait des bouts recyclés d'une nouvelle d'abord publiée dans Galaxy Magazine, et sommairement alternés avec des pages consacrées au sergent Brown, les deux hommes daignant en une seule occasion communiquer par radio pour nous signaler qu'ils sont dans le même livre. La méthode n'est pas sans rappeler certaines hong-kongueries d'antan, et si le procédé, en littérature et surtout en science-fiction, n'est pas aussi ignominieux qu'au cinéma, il est ici étalé avec suffisamment d'impudeur et de nonchalance pour constituer une efficace source d'hilarité consternée.

C'est d'autant plus dommage que le livre a, par ailleurs, des qualités indiscutables. Ses (finalement assez rares) scènes d'action sont très correctes, voire enthousiasmantes pour certaines, même si ça et là une exagération malséante ou une tournure ridicule vient faire retomber l'intérêt et remonter l'hilarité, dualité qui s'explique peut-être par une grosse différence de talent entre Jake Saunders (qui selon librarything n'a plus rien écrit ou du moins publié par la suite sinon une misérable nouvelle de trois pages) et Horace Waldrop (qui a tout de même fini par obtenir un prix Nebula).

The bloodlust rose in Sol, stronger than sex, stronger than love.
His Sherman split like an iron egg and gave birth to a phoenix with pinions of flame
An Israeli running toward the armored personal carrier died as a few grams of flying brass destroyed the heart that pumped life through his body.

Ce traitement mitigé échoue donc à sauver le livre de la nanaritude considérable à laquelle le vouait son concept inexorablement crétin et sa cascade de péripéties sans queue ni tête. S'il eût été trop beau d'espérer lire l'improbable affrontement représenté sur sa couverture, celle-ci n'en constitue pas moins une juste illustration du contenu de l'ouvrage.


Après-propos


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