Nos ancêtres de l'avenir

(Jimmy Guieu)

Genre : E.T. phalliques
Catégorie : science-fiction

Pionnier du pulp français et pisse-copie infatigable chez Fleuve Noir, Jimmy Guieu n’a jamais caché qu'il entendait utiliser son talent controversé et sa prolificité incontestable pour promouvoir l'intérêt du public pour les ovnis et le paranormal. Difficile, pourtant, de lire Nos Ancêtres de l’Avenir sans le suspecter d’être en vérité un agent provocateur à la solde du gouvernement mondial de Bilberger s’efforçant de discréditer toute la communauté ufologiste.

Le scénario met en scène la rivalité entre deux groupes d'extraterrestres, l'un rassemblant les magnifiques Polariens (décidément toujours dans les meilleurs ouvrages) et leurs alliés ufologistes Terriens d'une part, l'autre dirigés par les infâmes Denebiens. Fourbes et cruels comme les ignobles reptiles qu'ils sont, ces infâmes Stalinistes galactiques résolvent tout d’abord d’expédier les humains dans des camps de concentration de l’espace (lasciate ovni speranza), puis, changeant inexplicablement de plan et se croyant tout panspermie, donnent libre cours à leur lubricité venue d’un autre monde et, avec la complicité du complot gouvernemental, décident de violer des terriennes dans le but de "créer par la force une race hybride de monstres mi-hommes mi-lézards.".

Le Denebien [...] et ses complices n'étaient vêtus que d'une espèce de gros slip ressemblant à du cuir fauve et retenu par un ceinturon très épais.
Ces escadres libératrices avaient emmenées avec elles sur la Terre un assez grand nombre d'auxiliaires denebiennes. D'une taille légèrement inférieure à celle de leur congénère, ces créatures d'une morphologie analogue à celle des Terriennes n'étaiet revêtues que d'un cache-sexe à reflet métallisé! Elles allaient donc pratiquement dans le plus simple appareil, ainsi que le voulait une mode ancestrale sur leur planète d'origine. Sans gêne aucune, elles exposaient aux yeux de tous leur épiderme écailleux, d'un ton vert d'eux, plus clair que celui de leurs semblables de l'autre sexe.
Leurs grands yeux rougeâtres, bridés, striés de jaune, s'attardaient parfois avec insistence sur un Terrien. L'homme, devant celle horrible caricature de femme, à la poitrine écaillée découverte, était alors secoué d'un frisson de dégoût.

il fait drôlement chaud dans cette soucoupe

Tournant le dos au poste de commande en demi-lune dressé au centre du parquet chromé, une jeune femme brune, ravissante dans un justaucorps mauve moulant sa plastique admirable, les regardait en souriant.

les gentils ne sont pas en reste

"Aucun volontaire pour l'expérience d'hybridation ne s'étant à se jour, présenté, déclarait ce communiqué, il a été décidé, lors de la dernière assemblée des EUM, que des sujets des deux sexes seraient désignés d'office. Nous rappelons et insistons tout particulièrement sur le fait que cette expérience – dont l'intérêt ne devrait échapper à personne – est absolument sans danger.
Tout en regrettant de devoir appliquer la loi d'amélioration des échanges sociaux et culturels votée ce matin à l'assemblée, nous stigmatisons la conduite raciste raciste de ceux qui se montrèrent xénophobes au point de choquer nos amis et alliés denebiens en refusant un rapprochement librement consenti avec les représentants de leur race."

Le problème de l'antiracisme, c'est qu'après on se fait violer par des reptiles extraterrestres.

Situation qui sera résolue de façon subtile lorsque nos amis Polariens feront exploser la planète des méchants pour tous les tuer, comme quoi Denebien qui finit bien.

Au voisinage de la planète positive Ptopa, la matière négative subira une modification intra-atomique, et, dans un apocalyptique déchaînement d'énergie, elle engloutira Ptopa et la race des monstres verts.

il fallait y penser

Mais, mon cher Jean-Wilfried, m’objecterez-vous, c’est du pulp, il ne faut pas chercher à prendre cela au sérieux. Et pourtant! Si, certes, Jimmy n’hésite guère à en rajouter dans le grotesque avec des imitations consternantes de titi parisien ou de curé vendéen, l’ensemble est sans conteste d’un assez consternant premier degré. Témoins ces diatribes confinant parfois aux réquisitoires haineux contre les sceptiques.

en outre, ces braves gens ne tarissaient pas de sarcasmes à l'égard de l'astronome Sosthène Cornu qui, la veille de ce jour mémorable, dans une allocution télévisée, pérorait en flétrissant "la bêtise humaine des faibles d'esprits accordant quelque crédit aux prétendus OVNI d'origine extra-terrestre " ! Les faits venaient de lui donner une leçon cinglante et méritée en jetant à bas son ridicule anthropocentrisme de "savant" à l'esprit étriqué !

légende


"... cet appareil, de forme discoïdale, mû par quarante-six réacteurs périphériques, peut valablement être appelé "soucoupe volante" et donnera enfin du poids aux inconsistances histoires des prétendus OVNIs... généralement aperçus après un repas bien arrosé !
"Le grand quartier général de l'United States Air Force peut être fier de cette réalisation dont les essais menés secrètement depuis plusieurs mois ont été concluants. L'on peut espérer que dans un avenir assez rapproché, les avions à grand rayon d'action seront remplacés par cet engin que l'état-major a baptisé simplement "Aile Circulaire". Les soucoupes volantes sont mortes, pourrait-on parodier, vive l'Aire Circulaire !

Yuln tourna le bouton en dodelinant de la tête
- Comme c'est spirituel! commenta-t-elle, les yeux au ciel à l'instar de ce journalite. Les rationalistes vont faire des gorges chaudes devant cette déclaration de l'Air Force.
- Et peu de gens admettraient, Yuln, que tu n'es pas une Terrienne, mais une humanoïde originaire du système solaire de l'Étoile Polaire ; une femme parfaitement humaine venue d'un autre monde à bord, justement, d'une soucoupe volante que l'on raille avec autant d'ignorance."
Jean Kariven haussa les épaules :
- Un jour viendra, Bob, où les railleurs abrutis pourront aller se rhabiller!

Témoin également cette surabondance sans vergogne de placements produits littéraires ou idéologiques.


(1) lire: Opération Aphrodite, même auteur, même collection
(1) lire: Opération Aphrodite, même auteur, même collection
(1) lire: Les soucoupes volantes viennent d'un autre monde, ouvrage documentaire, du même auteur
(1) lire: L'Homme de l'Espace, Grand Prix du Roman de Science-Fiction 1954, du même auteur, dans la même collection
(1) lire: L'Homme de l'Espace, même auteur, même collection
(1) lire: La spirale du temps, même auteur, même collection
(1) lire: Nous les martiens, même auteur, même collection
(1) lire: Le monde oublié, même auteur, même collection

un peu d'autopromotion

(1)Fondateur de "Citoyens du Monde" : mouvement apolitique. 15, rue Victor Duruy, 75015 Paris
(2) Institut Mondial des Sciences Avancées, Secrétariat général : Claudye Poirson, 393 chemin des Bonnes Herbes, 83200 Toulon

Dire que des railleurs abrutis pourraient railler abrutiment le chemin des bonnes herbes

L'aventureux lecteur, de ce fait, ne se sent guère incité à l’indulgence face au pire des défauts de l'œuvre, qui pourrait aussi bien s’appeler le cauchemar de Tchekhov: à un canevas qui pourrait constituer une bonne idée de nouvelle, à condition que la nouvelle ne fasse pas plus d’une demi-page, l’ami Jimmy rajoute un défilé ininterrompu de personnages et de situations sans le moindre rapport avec l’intrigue principale, surgissant de nulle part pour y retourner aussitôt comme des éléphants roses ou une antiparticule sur l'horizon d'un trou noir. Un chapitre typique nous présentera ainsi un commandant américain que l'on a jamais vu et qui ne fera plus que de la figuration dans quelques scènes indiquant à un physicien que l'on a jamais vu et qui ne sera plus jamais mentionné qu'il aimerait bien rejoindre le complot des gentils, mais n'est pas sûr d'obtenir une permission pour cela. Ce à quoi son interlocuteur lui répond que ce ne devrait pas être un problème, car son général fait aussi partie du complot et devrait donc lui accorder sa permission. Sur ce le téléphone sonne et le général, que l'on n'a jamais vu et que donc on ne verra pas du tout avant qu'il ne soit plus jamais mentionné, informe le commandant qu'effectivement sa permission a été acceptée. Sur quoi le commandant raccroche et informe le professeur qu'il obtenu sa permission, ce qui permet à son interlocuteur de lui expliquer qu'il va donc pouvoir quitter son poste. Puisqu'il a obtenu sa permission. Et d'enchaîner sur un autre chapitre de meublage du vide par le vide.

Ils paraissaient toutefois beaux et avenants, comparés aux Procyoniens ! Ceux-ci, monstres géants hauts de quatre mètres, le corps bleuâtre, phosphorescent et velu, étaient doté de quatre bras terminés par des pinces un peu semblables à celles des homards ! Leur tête, énorme et flasque, à la face curieusement bombée, ne possédait qu'un oeil, un oeil impressionant, glauque, jaunâtre, duquel s'écoulait une humeur laiteuse. Cet écoulement glaireux, glissant sur leur face huileuse, se mêlait à la bave mauve qui s'échappait de temps en temps de leurs repoussantes bouches lippues.

Des extraterrestres que l'on ne reverra plus ensuite (et des points d'exclamations avec lesquels on n'en n'a pas fini).

Même les personnages principaux, hormis le Polarien Zimko qui fait parfois avancer un peu l'intrigue quand Jimmy ne sait vraiment plus comment meubler, n'agissent guère, se contentant de boire du Pernod, de débiter des dialogues abominablement ampoulés et, dans le dernier chapitre, de tirer sur quelques méchants désarmés après s'être inscrits sur les listes gouvernementales pour se faire violer par les extraterrestres.

- Ils sont encore légions, hélas, les infortunés qui comme eux furent déportés dans les goulags. Ces exactions, ces traitements indignes de ceux qui se parent du titre d'Homo Sapiens doivent cesser. Maintenant que l'heure est venue de prendre contact avec les Terriens, nous veillerons à ce que toutes ces injustices prennent fin. Dussions-nous avoir recours à la contrainte si les responsables n'obéissent pas à nos ordres, qui, pourtant, ne visent qu'au bien-être des humains.
- Ingrate sera notre tâche car, si nous faisons des adeptes, nous nous attirerons aussi l'animosité et la rancoeur de ceux qui les oppriment.
- Je crois que cela va faire un drôle de "boum" ! jubila Jenny en frémissant d'impatience
- Les voitures-radios, les tracts lancés par avion, tout cela constitue une sérieuse entorse à la loi qui réprouve ces moyens "publicitaires" dans Paris. Mais comme la situation l'impose, nous devons enfreindre ce règlement.
- D'autant plus que le bien-fondé de cette entorse n'échappera pas aux autorités qui s'empresseront de nous absoudre, fit remarquer Jean Kariven. Mes amis, ajouta-t-il, apportant une bouteille de Pernod, buvons à la plus extraordinaire révolution pacifique de l'histoire humaine.

tous les dialogues sont de cet acabit

L'empereur K'Wyil II fixait de ses yeux la jeune Terrienne qu'il avait brutalement forcée à danser pour lui.
Les bandes jaunes striant ses yeux bridés se mirent à vibrer de convoitise. Il fit alors un signe à ses congénères et soudain se précipita sur Yuln.
Les autres monstres verts, ainsi que les femelles, se jetèrent à leur tour sur les volontaires.
Les chefs d'Etat, les ministres et autres Terriens soumis au contrôle psychiques des brutes extraterrestes demeurèrent impassible devant ce déchaînement orgiaque.
Tout à coup, les pseudo-volontaires perçurent cet ordre télépathique.
- Exécution! L'heure a sonné!
Les cris et le tumultes cessèrent comme par enchantement. Les Denebiens et les Denebiennes, en titubant, s'éloignèrent précipitamment de leurs cavaliers et de leurs cavalières. Ceux-ci, les traits crispés, les muscles contractés dans un immense effort de volonté, venaient de libérer simultanément un colossal potentiel d'énergie électrocutrice sur les immondes créatures.

prenez ça, immondes créatures

De ce fait les scènes de remplissages, loin d'être rédibhitoirement arides, s'avèrent assez audacieuses et foutraques pour captiver une sorte d'attention perverse et nerveuse. Pour corser un peu la chose, et malgré le respect qu'on lui doit, Jimmy Guieu a un problème assez ennuyeux pour un écrivain : il parle mal sa langue maternelle et ne comprend pas le sens des mots qu'il emploie. D'où des scènes un peu loufoques lorsque des parlementaires adoptent une résolution "à la presque majorité", ou que ce bon Zimko se livre à de l'introspection sur autrui.

Que rajouter, ou plutôt que ne pas rajouter? Malgré son mauvais caractère Nos ancêtres de l’avenir est un nanar effréné et vigoureux, qui va infatigablement de l’avant sans baisse de rythme ni élévation du niveau.


Sortez-moi d'ici