Feu, la loi martiale

(Claude Rank)

Genre : Philippines (de cheval)
Catégorie : Action

Très franchement, en commençant ce site, je ne m'attendais pas à vous mettre des "caps", comme on dit, des petites illustrations de l'œuvre commentée, destinées à détendre et amuser le lecteur. Certes, j'avais prévu une photographie de la couverture en bas de fiche, et des petits extraits encadrés, mais quoi, cela n'avait pas à proprement parler le piquant d'une belle image.

Jusqu'au jour où j'ai découvert dans une brocante Feu, la Loi Martiale, de Claude Rank, et sa première page où une malencontreuse coquille faisait apparaître un concept hautement squeelatoire, la puissance Io !

La puissance IO

Cet engageant incipit, couplé à un résumé qui nous promettait des agents des forces spéciales, des Philippines et du cannibalisme, me poussa aussitôt à faire main basse sur ce qui s'annonçait comme un chef-d'œuvre, une transposition sur papier des plus jusqu'au-boutistes Bruno Mattéi ! Hélas, force nous est de déchanter bien vite.

L'histoire s'annonçait pourtant d'un intérêt flagrant : aux Philippines, un mouvement dissident de la CIA recrute une poignée de sbires moustachus (si, si), les "Hyènes-Bombes" pour fomenter une révolution contre le dictateur Marcos en leur faisant absorber du CPCD, "la seule drogue au monde qui rend auto-cannibale". Plan subtil que s'empressera de déjouer une poignée de barbouzes français un peu dépassés, où plutôt qu'ils s'empresseront de voir un autre groupe de la CIA déjouer, leur présence s'avérant en fin de compte aussi utile que quelque chose de pas utile du tout.

Malheureusement ce scénario splendidement foutraque et putassier n'est qu'imparfaitement exploité. La faute peut-être à une entrée en matière particulièrement vomitive, excursion "rabelaisienne" (sic) dans les bas-fonds philippins, mélange assez infect de ce que la littérature de genre peut faire de plus sordide dans le sadisme complaisant et la porno-scatologie. Le livre devient ensuite légèrement plus présentable, mais pour être tout à fait franc il reste assez difficile d'éprouver la moindre sympathie pour ce répugnant torchon, à mon avis du moins.

A tel point que ni la fameuse drogue (inouï gadget trash racoleusement plaqué sur une intrigue sans le moindre rapport), ni l'irruption sans crier gare d'une très cheap arme absolue (rien de moins qu'un fusil à visée laser) ne parviennent à faire sortir durablement l'ensemble de l'insondable abîme de nullité crasse où il s'enfonce.

Seuls les nanardeurs fanatiques sauront de ce fait goûter, ultime hommage au bis philippins, le côté incroyablement médiocre et même fauché de la forme, qui m'a d'abord fait croire que j'avais affaire à une mauvaise traduction. Les coquilles, les fautes, les contresens et même les faux raccords écrits s'accumulent jusqu'à donner le vertige, et visiblement l'auteur avait ses factures de gaz à payer et devait en écrire trois comme celui-ci dans la même soirée. Absolument déconcertant !

selon Claude Rank, ceci est une phrase :

Attentats – suivis ou pas de morts – contre Trujilo, en Dominicaine, contre Lumumba, contre Castro, contre Allende – mais le malheureux est mort, à leur grande fureur, à contretemps pourrait-on dire -, plus tard, et l'auteur s'en félicite car il a bien connu ce malfaisant, même s'il était anticommuniste comme lui : insuffisant – nous voulons parler de Park Chung-Hee stupide petit dictateur de poche en Corée du Sud.

Car oui, il s'agit bien du livre le plus irrémédiablement fauché que j'aie jamais vu ; et en désespoir de cause, tout à la pensée de tirer à la ligne et de rajouter des pages n'importe comment très vite, Claude Rank empile de façon ahurissante les éléments de grand n'importe quoi littéraire : des dialogues interminables et incompréhensibles, des italiques sans raison, des imparfaits du subjonctif et même des citations de Talleyrand dont un des personnages est supposé être le descendant. Ne nous enthousiasmons pas trop cependant, sur une échelle de 1 à 100 le livre mérite 0,5, et c'est cher payé encore. A ne lire que pour la curiosité.


Sortez-moi d'ici